Dans l'illusion de l'aube extraits
Des croix sur le mur |Qu'en toi demeure |L'Ourisse |Silencieuses |Le fil du chemin |
Chemins de Sel | Nocturne | Les Quatre mains du vent | Dans l'illusion de l'aube
Silence habité
Cahiers bleus Parvis des alliances 2017
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Préface - Marie-Ange Sebasti

La poésie d’Antoine Carrot désigne souvent, par des formules lapidaires qu’on perçoit comme des maximes, même quand il emploie la première personne, les contradictions qui nous tourmentent, nous pétrifient peut-être, nous laissent parfois dans le silence et l’inaction, tel ce vers de Silence habité :

Je suis pressé, c’est pourquoi je reste immobile.

Cette immobilité est propice à la nostalgie, qui est à la fois sentiment de perte, jusqu’à la souffrance (Je saigne de toutes mes maisons passées) et attente impatiente d’un renouveau que révèle si bien la floraison des vergers. Le village, qui vit encore au rythme des saisons, qui retient des gestes séculaires, qui entend le souffle des vents, le tintement de la cloche annonçant l’angélus ou, dans les maisons ancestrales, le battement des balanciers est l’image même, omniprésente dans l’œuvre, du passage du temps et de l’éternel retour.

Le poète a beau souffrir et douter, se lover dans le silence et la tenace mélancolie, il ne peut empêcher les mots nécessaires et vitaux qui l’accompagnent de venir heureusement nous aborder, nous escorter sur le fil du chemin et nous inviter à constater avec lui que dans ce silence habité, par la grâce de l’écriture

De présence en images
Une intense décantation propose
La fragilité de vivre
Comme un porche ouvert sur de grands champs de blé.

 

Ce nouveau recueil inédit d’Antoine Carrot, publié à l’initiative de sa fille Guylaine, souligne les antagonismes de l’auteur. Ombre et lumière, distance et proximité s’amalgament et se confondent en une même unité, rendue possible par le poème. Il émane de ce recueil une recherche évidente du sens, comme si l’épaisseur, la densité, pouvaient arracher les choses et les hommes au temps qui passe et à l’oubli. D’où l’importance des « gestes protégés par la mémoire », des « bocaux préparés par les soins de grand-mère », qui perpétuent le passé en une forme d’éternité. Ainsi Antoine Carrot lui-même continue-t-il de vivre dans ce recueil posthume, « au croisement du rêve et des réalités ».

Le réel ne se situe pas où l’on voudrait le croire, car le jeu des illusions vient dissoudre « la trop belle ordonnance des choses ». La poésie d’Antoine Carrot est à la fois présence et absence, faite de ruptures. Comme le soleil, « solitaire à fragilité complexe », le poète se refuse à se laisser définir. Pour lui, la réalité est forcément multiple, par-delà l’apparent ordonnancement du monde. Signe sans doute d’une fragilité, voire d’une angoisse qui déplace sans cesse les frontières entre les choses.

La nature est là, omniprésente, pour rassurer, protéger, enraciner. Même si elle est parcourue par le changement des saisons, elle demeure immuable, fidèle à elle-même. Le poème est là, aussi, constructif, structuré. Il perpétue à travers le temps la mémoire.

« Apparaître ou disparaître
À l’envers à l’endroit
Ainsi la même pièce
Joue de son identique valeur ».

Valérie Canat de Chizy


[Extraits]