L'ourisse extraits
Des croix sur le mur |Qu'en toi demeure |Silencieuses | Le fil du chemin
Chemins de Sel | Nocturne | Les quatre mains du vent |Dans l'illusion de l'aube | Silence habité
L'Ourisse, suivi de villages
La Bartavelle, 1996.
Illustration Daniel Chantereau
pour commander ce livre

Notes de lecture

L'ourisse, est-il précisé en exergue de ce livre, est un vent court mais violent sévissant avant l'orage.
L'auteur dès l'abord, se réfère donc aux éléments et ses textes se veulent essentiellement axés sur la proximité des choses, sur leur couleur, leur odeur, leur vérité première "Le tilleul tourne autour du soleil / comme un doigt pointé qui désigne l'horloge".
Sa poésie démonte les rouages d'une existence ordinaire afin d'en tirer des images qui se font et se défont au rythme des jours, comme autant de miroirs aux reflets changeants "Ce village n'a pas d'importance / c'est pour cela qu'il pèse tant".
Le lecteur demeure fasciné par ce travail d'un poète discret entre tous qui sacralise l'ordinaire en des textes sensibles d'une tranquille beauté. Par petites touches, il donne à sa poésie la couleur des saisons et des années qui passent et parvient à nous émouvoir grâce à une économie de moyens évidente, qui fait tout le prix de cette poésie.
Jean Chatard, Mensuel littéraire et poétique.

Antoine Carrot offre avec l'Ourisse, villages, deux suites de poèmes traversés par la campagne, la nature mais aussi une série d'interrogations qu'il ne formule pas tant il semble avoir trouvé réponse. Il nous parle de choses simples : un banc, une fontaine et de "grandes questions vitales / versent des flots d'impatience sur le profil des heures". On se sent proche de lui tant les mots qu'il assemble s'ouvrent sur des sentiments et des impressions qu'on aimerait partager.
Lucien Wasselin, Rétroviseur.

L'auteur évoque "le silence des chemins creux / qui atténue l'angoisse de l'homme". Sa sagesse est contemplative, un peu désabusée. Il ne dédaigne pas souligner l'évidence que l'homme essaie de contourner sinon de réfuter. Il sait que les "villes trompent la faim" mais sur la page, il connaît "la rigueur des virgules" et "le trapèze des mots". Il se dégage de ce recueil une philosophie du temps accepté comme il est, uni, sans heurts, les contradictions mêmes étant sources d'espoir.
Jacques Simonomis, Le Cri d'Os.

Poésie d'ombre et de lumière, attentive aux saisons, à la fragilité des hommes, elle est aussi celle de l'interrogation perpétuelle : "peut-on savoir si l'essentiel n'est pas dans l'éphémère".
Michel Baglin, Dépêche du midi.

Si on peut situer dans le pays vellave ce village unique et pluriel que visite parfois l'ourisse "un vent court mais violent avant l'orage", le lecteur doit vite renoncer à chercher des pancartes qui en indiqueraient le nom. Car ce village est le nôtre "avec les mystères des passantes lentes / qui montent doucement le long du soir" ou "le filet d'une espérance qui s'infiltre entre les pierres du bruit". Ce village est chacun d'entre nous, avec ses questions, ses lassitudes, ses joyeuses séquences aussi.
Antoine Carrot, à la fin de l'été, a pris le bâton de vagabondage qui était posé devant sa porte et s'est éloigné là-bas où l'ailleurs commence. Mais sa voix, à l'égal du vent, nous offre pour longtemps "des douzaines de cantilènes / soigneusement découpées dans les albums de vie".
Marie-Ange Sebasti, Laudes.




illustration Daniel Chantereau

Un visage-réponse accroche un sens
dans la volonté constante du vent
qui possède une chose en s'en éloignant.
L'Ourisse, p.33.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


[Extraits]

Il doit y avoir un angélus
de l'autre côté de la colline

Promesse à petits coups d'eau furtive
c'est-à-dire un chant de cloche à peine amer
qui porte sur le vent la solitude du blé.

Des peupliers le canal une image discrète
Peut-être un remorqueur tirant des clairs de lune
un village avec un bout d'escalier ou de rêve
et des odeurs de glycine ou de tillleul.

Il y a toujours un arbre
sur la place devant l'école d'une enfance
où l'on apprend sur des tableaux noirs
les dernières feuilles de la rentrée des classes.

La nostalgie comment la voyez-vous
avec un visage de source ou d'aubépine
avec un bout de chemin qui s'en va
et le volet que referme une main mal comprise.

Un angelus puise en lui-même une aptitude
à poursuivre un temps présent dans le futur
l'ombre monte lentement de l'autre côté de la colline

et l'on sait par définition qu'elle est là.

L'Ourisse, p.10.

* * *
Où se développe un repli sur soi
sous la tièdeur de l'angelus
où chacun trouve son pain de silence

Des lilas envahissent le temps
L'adolescent reprend la main de son enfance
L'école se réfugie dans la rentrée des classes.

La rue m'empêche d'atteindre
dans une stricte économie des choses
l'instant de l'ombre au-dessous du tilleul

Un escalier ce n'est pas un passage
plutôt un signe une espérance
la fonction d'un rêve à peine éclos.

Village mon poème à fruits de pierre
où la fleur rebondit sur l'écho d'un seul mur
celui que tu possèdes.

L'Ourisse, p.35.

* * *

Alibis des sommeils d'automne
Les longs balancements de mes saisons
Croisent leurs mains de feu sur l'heure
Qui brûle au midi des horloges.

Un temps pour tout il faut savoir le prendre
Définir l'angélus par la phrase rapide
Où le mot redevient la chair du vent.

La rue froide au village où monte ma préférence
Détourne la détresse
Qui se renie par sa propre volonté.

La nuit vient
Un lampadaire épouse notre histoire
Des toits sommeillent sous la pluie
Une envie de retrouver ses racines
Dans ce pays-ci plutôt qu'un autre
Brouille la piste au carrefour

Les mots sont dits
Par nécessité d'être du besoin de se rassurer
Il n'y a pas de village sans importance
Et la joue de l'homme s'appuie contre un désir d'automne.

L'Ourisse, p.36