Lettres de René CHAR à Jean-Christophe SCHMITT





Si vous vous trouviez devant moi,
je prendrais vos deux mains
comme un temps sans fin,
nous parlerions ou non de Jean-François,
ou nous ferions silence.
Le sentiment ne changerait guère,
ni le mal ressenti,
ni la silhouette du boxeur sur l'eau
qui poursuit en vain la consolation naine.
Je ne savais que dans une brume,
j'aurais du savoir ; bien savoir le pire, le Tout.

A vous avec Merci.
R. CHAR


 


15 oct 84

Le Lys dans la tourmente
je l'ai lié à ce grand nuage
de Magellan véridique
où un blond soleil s'enveloppe
dans un massif de nuit vivante.
Notre savoir serait abominable
si le dire ne tournait court
avant de poursuivre sa route
et de rencontrer votre nomination
ressemblante et déchirante,
frère attenant dont le portrait
n'a plus l'utilité de la couverture noire.

Il est l'égal, l'ange frissonnant,
aimé, décidant, rehaussant, frère.
Je suis, mots coupés, tout à vous,
ici, revenu.


R.C.