Sélection d'ouvrages de Joël Vernet




Lâcher prise
... est un hymne à la vie dans ce qu’elle garde de capacité à l’émerveillement. C’est par l’écriture, le décryptage des mystères, la fixation de la lumière (comme on dit fixer une peinture). C’est un livre écrit contre le temps qui passe et détruit, pour perpétuer le miracle de l’enfance.
"Nous n’avons qu’une seule vie, qu’une seule pauvre vie et, en partie, nous la perdons dans le leurre, le mensonge d’un travail.
Alors, un jour, dans ce jardin, notre vie s’est retirée en silence. Elle est allée rejoindre les solitaires, la solitude. Devons-nous la porter comme un fardeau, nous délivrer d’elle ? Ou bien l’abandonner à la faim des serpents, à l’horreur des jours, aux regards assassins des bourreaux ? C’est pour rejoindre notre vie que nous écrivons, c’est pour toucher en nous les battements de son cœur que nous écrivons, que nous aimons. C’est dans l’effondrement qu’elle nous soutient, c’est dans la plus haute solitude que nous fêtons ensemble nos retrouvailles.
Ailleurs, dans le monde, il y a des mots bien sûr, le flot des choses courantes, la marée des jalousies, il y a tout ce qui enveloppe les mots et les corps mais la vie n’est pas là et si elle apparaît parfois, si elle nous frôle de ses ailes, c’est pour nous enjoindre à ne jamais renoncer, à ne jamais faillir à la tâche d’aimer, au labeur d’écrire, au bonheur de chanter l’enfance, les livres et l’été sur les livres et sur tous les visages
."



La vie nue

"La beauté du monde, car il y a une beauté du réel, en particulier de la nature - la beauté du monde nous lance un appel et nous partons alors vers des endroits secrets, déshérités où les grands arbres d'or nous émeuvent, où les oiseaux volent sans inquiétude, où les herbes et les fleurs n'ont jamais vu l'ombre d'un rapt, où les pierres innombrables roulent sous nos pas ou font silence dans le lit des rivières aux eaux si transparentes. Ils ne sont rien ces endroits-là. Ils ne sont évoqués nulle part. Depuis des lustres, ils existent sans références et sans doute, est-ce pour cela que nous les aimons, que nous aimons nous perdre en leur sein, dans une solitude infinie où le savoir serait un moyen-âge. Nous passons ainsi d'un jour à l'autre, contemplant avec des yeux neufs, toujours, dans une époque où les regards se voilent, où chacun se croit un héros alors qu'il est à peine une brindille, nous passons d'un mot à l'autre comme si, chaque fois, dans ce chant de la langue, nous découvrions de l'or, c'est à dire une aventure nouvelle. Souvent vivre est renoncer à vivre. Souvent vivre c'est compter sur nos défaites. Et notre devoir, qui serait notre salut - serait d'inverser la rotation, d'être cette aile de moulin, toute bruissante dans les eaux, soulevant les algues et l'écume, n'ayant crainte de rien puisqu'il y aurait du pain sur la table et des rires dans les maisons."


La Nuit errante

Des livres comme autant de viatiques pour rencontrer la vie : Joël Vernet écrit entre humilité et émerveillement. De voyage en contemplation, l'auteur avance au rythme de son souffle, avec le souci d'un authentique abandon. "Au fond, je pars avec ma besace à la manière d'un vagabond, d'un colporteur et je ramasse tout ce que l'on jette, transformant ces rebuts en trésors."
Chaque livre de Joël Vernet s'ajoute au précédent comme un chapitre supplémentaire composant le récit d'une vie tout en voyage et contemplation. La Nuit errante poursuit ainsi dans une prose poétique délicate une aventure, un vagabondage où sont salués enfance, lumière, oiseaux, mais aussi le poids des ténèbres en tout être et la solitude dans ses assauts les plus subtils. Cette balance entre les deux, les textes de Joël Vernet tentent de l'exprimer, dans un équilibre qui tient autant de la rigueur de l'écriture qu'une authentique présence au monde. L'émerveillement triomphe cependant, tant les manifestations de la nature emportent l'homme au-delà de ses difficultés à affronter la folie de ses semblables. C'est notre propre humilité qui est interrogée dans ces pages, qu'on nous emmène en Afrique ou au coeur d'un jardin, devant un enfant ou parmi les foules. Joël Vernet refuse toute expérimentation littéraire : l'écrivain doit s'effacer devant son sujet, qu'il s'agisse de la nature ou des êtres, se laisser traverser par la toute puissance de la parole, qui devient parfois le sujet même de cet abandon. "Un rien fait lever l'immense en moi. Un rien. La beauté d'un visage. Une fleur sur le bord d'un chemin, une silhouette, la nuit derrière un rideau. Un veilleur, quelque part dans le monde, inconnu. L'attente, la sourde, l'amère attente. Celle qui abolit la frontière entre la vie et la non-vie. Celle qui vous crève les poumons, vous arrache les yeux. L'attente : cette diablesse, cette sorcière, cette douce compagne." C'est peut-être l'une des rares prétentions de Joël Vernet : être de ces veilleurs. Maintenir le flambeau d'une parole qui ne doive rien à la littérature mais tout à la vie.



Visage de l'absent

Vivant un exil volontaire en Syrie, Joël Vernet peuple sa solitude avec les absents. Et le grand absent est ce père qui, de son vivant, était déjà absent, toujours retenu au loin par son travail. Petit livre-gigogne, Visage de l’absent réinvente la figure du père, racontant en pointillé l’expérience de la solitude.
"Plus il va loin, plus il va profond. Plus il voyage, plus il est immobile. Les exils de Joël Vernet sont toujours intérieurs. Né en 1954 en Haute-Loire, il a vécu en Afrique, au Sahara, au Soudan, en Egypte, en Inde. Et c’est dans le nord de la Syrie qu’il a écrit, pendant deux ans, ce très beau livre qu’est Visage de l’absent. A peine évoque-t-il les paysages à l’entour, les genêts en fleurs, le bleu du ciel, le bruit du vent dans les arbres, la rumeur du monde. Obstinément, il vit en retrait. Il n’ouvre même plus le courrier en provenance de France. Enfermé dans une chambre, «enterré vivant dans le silence», il dort le jour et consacre ses nuits à écrire; à se souvenir de ce père dont il n’en finit pas, depuis son enfance blessée, de faire le deuil. Un père qui travaillait dur pour nourrir sa petite famille, allait de chantier en chantier, et qui est mort jeune. De lui restent une poignée de lettres qui ont donné à son fils «le goût insensé d’écrire» et, sur une photo, un sourire magnifique. «Cela fait des années que le visage de l’absent rôde dans ma vie et pose sa joue parfois contre la mienne, m’implorant de ne pas renoncer.» Joël Vernet ne campe seul sur des terres arides et ne noircit des pages que pour tenter de retrouver ce pays d’autrefois où les morts sont vivants. Par la grâce lyrique de sa prose, il le fonde dans ce livre lumineux." Jérôme Garcin, Le Nouvel Observateur, mars 2005.


textes de Joel Vernet sur la Cause des Causeuses, Remue.net et pleut-il.