Le fil du chemin extraits
Des croix sur le mur |Qu'en toi demeure |L'Ourisse |Silencieuses
Chemins de Sel | Nocturne |Les quatre mains du vent | Dans l'illusion de l'aube | Silence habité
Le fil du chemin
Aléas, 2003
Illustration Paul Siché
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Notes de lecture

Une préface est souvent faite pour rassurer, un billet d'introduction, en quelque sorte. Ici, non : il s'agit de poésie.
Pas de distances : un signe simple et secret nous accueille derrière la porte où commence autre chose tandis qu'un pas s'arrête, celui du poète à la clôture de l'ombre, et qu'importe ! le fil du poème va plus loin que le poète.
Déjà l'écriture du préfacier, en ces toutes premières lignes, s'est mêlée à celle du poète. Elle entend bien ne plus s'en démêler car c'est ainsi que l'on entre dans un recueil de poèmes. L'attente a donné un sens à la porte fermée, "comme le chant du lichen" sur le rebord de la roche pour témoigner, même là, de la mer et du vent, du poème.
J'interroge le poète : le fil du chemin qu'est-ce donc ? J'écoute le vent me répondre : la volonté de "nonchalances multiples", pour déconcerter, oublier, être plus fidèle. Est-ce cela le fil de la poésie, si ténu fil rouge dans le noir ? oui : le simple courage de vivre contre la passion du sang et ses bannières de mai. Vous avez sans doute raison : tout parait "si simple", en effet, "et pourtant si secret", à qui tendez-vous donc l'oreille ? Je suis attentif aux "vents de sable", aux quatre coins du temps, ainsi jamais je ne fais de moisson trop hâtives, je préfère l'incertain, "la récolte des nuages où vous ne voyez que le vent". Rimbaud lui aussi s'accroupissait devant la source, l'iris d'eau l'attirait, "mais quelle audace il faut pour courir après un mot" !
Un mot, l'un après l'autre, où je cherche le poète : ombre, odeur, forme, porte, bruit, pas, fil, angélus... Le silence du poème qu'il ne faut pas troubler sinon par le refrain du clocher : il annonce une visitation, possession furtive que l'écriture a peine à retenir ! Cultivés par le désir de l'homme seuls les vergers répondent, d'un mot qui n'est que "l'égratignure d'un vagabondage"... Est-ce pour cela que vous croyez que le temps, mystérieusement, est comme "un passé qu'il n'aurait jamais cessé d'être" ? Je ne répondrai pas, sinon que, pour un poète les moments essentiels courent les rues, encore faut-il en avoir le soupçon ! Vous ne croyez pas aux fantômes ? Non : je préfère les "villages fruités".
Aux jours gris de novembre la poésie est flamme, dans les foules où l'on étouffe elle est vent et sable et dans les cèdres bleus l'énigmatique élan du poème sait interpréter tous les souffles : est-ce que cela suffit pour vivre ? Que vaut le futur qu'encombre le passé ? Qu'attendre si l'on ne peut oublier ? L'esprit se nourrit du sang de la vérité : il doit toujours l'arracher. La poésie laisse porte ouverte à toutes les chances, à condition de migrer toujours vers la source : "dans ma source est ma liberté, au long du fil comme une goutte d'eau !" Paul Gravillon, Extrait de la préface.

Cette voix solitaire, singulière rejoint pourtant toute voix : on l'entend frapper inlassablement aux portes de l'énigme, poser en notre nom les questions éternelles que ne peut écarter aucune des "nonchalances multiples" dont elle fait l'aveu. Elle questionne et répond, elle appelle au seuil, à une liberté jaillissante. Elle revendique une simplicité qui est, contrairement aux apparences, au coeur même de ces pages : le poème semble à la fois le maquis vorace et parfumé obstruant le chemin et l'instrument qui le débroussaille et révèle les fruits qu'il a piégés, prêts à être partagés "Et dans l'instant je deviens fruit / La main qui le prend et la bouche qui le vit".
Marie Ange Sebasti, Laudes.

Pour lui l'essentiel c'est la place de l'homme, pas la place exacte, sinon qu'adviendrait-il de sa liberté ? mais un équilibre subtil et tragique : "Corniche où l'inexistence balance / L'approximation de l'homme / D'où monte le sang des pierres / Vers un éblouissement d'aube. Et par l'éclat d'une semence à goût de tonnerre / Un tardif respect pour la lumière." Un équilibre fait d'incertitude : la mort, de force : l'amour et la solidarité.
Alain Wexler, Verso.

"Mon poème à pattes de velours / Ma solitude au soir des quatre vents / Neige secrète où je puise une survivance / Ma douceur ma tendresse aux étoiles de sucre.
Tout Antoine Carrot est dans ces vers : la discrétion, l'attention, le sentiment de l'éphémère quotidien, sans pour cela renoncer à ce qui régénère : l'action, l'écriture précisément.
La nostalgie est présente, mais tout est question de mesure : "Je n'ai pas inventé de balance précise / Pour peser à leur poids les soupçons d'un vent exact, et le fil du chemin déplace nos limites."
Anne Lise Blanchard
, Lieux d'être.


[Extraits]


D'un mot le fil de mes chemins futurs
J'ai tant à dire avant l'oubli
De peur que s'envolent
Les mots la feuille et les reflets de la feuille.

Aussi peut-être un signe simple
Affirmerait ce que je crois
Donnerait la densité
Aux pas nullement atteints
Par la sénescente humeur du temps.

Dont la main guide
L'étonnante aventure où commencent
L'autre chose et l'apparence
Qui se prend pour la réalité.

Antoine Carrot, Le Fil du chemin, p.31.


A coeur ouvert
Nos limites vivent

D'un coeur absent
J'écoute ma fragilité
Un coup de griffe au creux du cygne.

Un molosse à dents noires
Planté sur le précieux de l'heure
Nivelle à l'ouest la terre à prendre
Au-delà d'un crépuscule ouvert.

Dans ma source est ma liberté.

Antoine Carrot, Le Fil du chemin, p.39.

 




Gravure de Bernadette Planchenault
et poème extrait du Fil du chemin, Soir d'hiver
, p.26-27.
pour le commander, contacter Bernadette Planchenault